Les femmes avaient déjà le pouvoir symbolique, les hommes consentant à devenir leurs toutous, leurs robots, leurs godemichés, elles voulurent le pouvoir réel, qu'elles obtinrent grâce à la complicité de collaborateurs zélés, les mâles post-modernes. Partout se répandit une nouvelle race d'ex-hommes, sweet-hommes, esclaves volontaires, traîtres à leur appartenance. Les fils de Tarzan, d'Hercule et d'Adam se firent tout petits devant toutes les Jane, les Nabilla, et les Barbie du monde.
Les filles d'Eve eurent tout ce qu 'elles désiraient, et plus encore, les dévirilisés surenchérissant dans leur défaite consommée. Les femmes occupèrent bientôt toutes les fonctions de tous les pouvoirs, et purent jouir de la domination que nul ne leur contestait.
Mais, si le triomphe est beau, son exercice ennuie. Pour se faire frétiller, elles inventèrent encore des lois phallophobes et vexatoires, comme si leur victoire était menacée : création d'une police chargée de surveiller dans les maisons la bonne exécution des tâches ménagères par les hommes, interdiction aux pénissés de regarder dans la rue des vaginées, réécriture de tous les livres dans lesquels l'image féminine étant, selon les censeuses, dégradée, avilie, dénigrée. On ôta des tableaux des musées au nom de la nouvelle morale, on modifia des règles grammaticales (le féminin l'emporte sur le masculin), on fit porter le nom de la mère aux enfants.
Mais tout cela ne suffisait pas. L'ennui revint. Il fallait frapper un grand coup. Une députée (il n'y avait plus que des députées) eut alors cette idée de génie en proposant une loi qui fut votée dans une liesse unanime : la dépénalisation du parricide. L'idée était excellente, et dans ce joyeux élan législatif, on fit passer d'autres innovations, car comme on le sait, qui n'innove pas, meurt : mise en place d'un calendrier de la chasse aux hommes, émasculation publique des séducteurs, interdiction de la courtoisie, bannissement de la cité de quiconque se soustrairait au stage obligatoire de démasculinisation. On créa à cet effet un bagne dans la Creuse, déboulonnage des statues de rois, de généraux, d'artistes, Jeanne d'Arc, considérée comme une traîtresse n'échappa pas (ou plutôt n'échamaman) à cette mise à bas.
Grâce aux progrès scientifiques, on put se passer de spermatozoïdes, donc de coït honni. La reproduction ne se fit plus que par clonage. On maintint cependant un quota de garçons, pour les tâches dont ne s'acquittaient pas encore les machines programmées.
Tout était pour le mieux dans les gynocités délivrées du mâle...
Exercice : Écrivez une suite en vous inspirant d'une des pistes proposées, en commençant forcémént par la phrase : « les choses commencèrent à se gâter le jour où... » :
- on surprit la reine dans les bras d'une créature, qui, pour être éphèbe, n'en était pas moins membrée.
- une jeune fille éprouva un trouble inconnu, découvrant endormi un esclave échappé.
- une demoiselle découvrit, dans un livre oublié des autodafés, que Shakespeare n'était probablement pas une femme, Léonarde non plus, ni même Vivaldie.
- lors d'une mise à jour électronique on perdit la lettre E.
- un group d'sclavs rblls s runit clandstinmnt dans un grott afin d'nvisagr un rvolt.
- la petite Iseut, s'attristant du départ de son petit frère pour son intégration dans le corps des esclaves, agita ses petits poings crispés, en s'écriant : non !
- des girls se lassèrent de leurs toys.
- quelques femmes, lors d'une réunion « tu-perds-war »exprimèrent leur désir d'être enceintes, de changer les rideaux, de faire la cuisine, de torcher les marmots, de demander à quelqu 'un : que penses-tu de ce sac à main ?, de gronder tel autre : c'est à heure-ci que tu rentres ?, d'être admirées dans la rue, d'être aimées pour ce qu'elles étaient, ... des FEMMES !