• Tout est lié, et sinistrement logique

    Quand les discours médiatiques avaient de la tenue, ils servaient de référence pour le peuple. Deux phénomènes peuvent expliquer la chute du niveau d'exigence : la privatisation et ses conséquences de concurrence et de publicité pour une course à l'audience allant vers le bas : les téléspectateurs n'étant plus considérés qu'en tant que gogos acheteurs, il s'agissait de les séduire, par tous les moyens démagogiques possibles, et s'est ajoutée à cette tendance l'apparition de l'internet, qui a permis à chacun de lâcher ses bêtises, en croyant avoir un avis sans disposer ni de l'intelligence nécessaire, ni de la capacité d'analyse, et encore moins d'une langue correcte, tant au point de vue du vocabulaire que des règles élémentaires de la correction grammaticale et orthographique. La télévision, au lieu d'être une référence en gardant le souci du niveau, s'est mise à la remorque de ces propos de bas étage, et ne devient plus qu'une caisse de résonance pour ces touites, ces commentaires, ce mode de fonctionnement, qui donne le primat à l'émotion, à l'incompétence, à l'immédiateté. Égalisation de tous les propos, dans lesquels on noie les sensés dans un flux ininterrompu (sauf par de la publicité) de stupidités. Où les premiers sont en concurrence avec les seconds, concurrence inégale puisque l'avantage va aux propos simplistes chez des auditeurs dont l'esprit a été préalablement nettoyé de toute capacité à réfléchir par un système scolaire, lui aussi à la remorque du système, permettant toutes les expressions, et évitant surtout de traumatiser les élèves en leur laissant croire que tout se vaut, que l'essentiel, c'est de s'exprimer. Il est frappant de constater que plus l'école est obligatoire, plus le temps passé est long, plus le niveau de langue et de réflexion baisse ! Je reviendrai sur ce sujet prochainement. Grande efficacité du capitalisme qui ne considère l'individu qu'à l'échelle de sa capacité à consommer, qui réduit sa possibilité de réflexion. Il est presque amusant de constater que ces dernières semaines ont retourné la logique : comme on dit aux gens d'acheter, qu'ils sont tellement aliénés par ces discours consuméristes, ils veulent acheter, certes, mais toujours plus, frénétiquement, et donc s'ils protestent, c'est qu'ils ont le sentiment qu'on leur enlève une partie de ce devoir. Révolte moutonnière d'esclaves qui, au lieu de réclamer la liberté, veulent qu'on les enferme toujours plus étroitement. J'aimerais que mes contemporains comprennent enfin qu'on les déshumanise, qu'on les asservit, et qu'on leur fait manquer le seul combat qui vaille, celui de la préservation de la planète, dont ils sont devenus, sans en prendre conscience, les ennemis. Se révolter, oui, mais ne pas se tromper de lutte.