• Réponse de l'éditeur

    "De la poésie ! Vous m'envoyez des poèmes

    Pleins de vers ! Vous m'en voyez désolé, mais j'aime

    Mieux vous le dire tout de suite, mon cher Monsieur,

    Je suis éditeur, pas philanthrope, bon Dieu !

    Ce qui veut dire en clair, s'il me faut vous traduire,

    Que je dois vendre ce que les gens veulent lire…

    Des vers ! Si en plus vous parlez de sentiments,

    De vos peines de cœur, vos souffrances d'amant…

    Tout cela, c'est fini ! Et mon chiffre d'affaires,

    Vous y pensez ? Même nouveau Baudelaire,

    Aucun lecteur n'accordera d'attention

    À vos strophes pleines de vers de mirliton.

    Non non non, si vous voulez que je vous publie,

    Prenez exemple sur Musso ou Lévy :

    Fournissez-moi du gnangnan pour les bourgeoises,

    N'utilisez qu'un vocabulaire de base,

    Mettez une aventure, un enquêteur ou trice,

    Un peu de sexe convenu: Paul et Maurice….

    Une campagne de pub, et c'est le best-seller,

    Le navet-maker devient médiatique auteur.

    Allez, il me faut pour la semaine prochaine

    Ton bouquin : surtout, oublie Vigny et Verlaine.

    Et fais dans le trash, le sexy, le transgressif.

    Phrases courtes, surtout pas de subjonctifs,

    Pas plus de cinq cents mots dont le tiers de globiche ;

    Situe l'intrigue chez les bobos, chez les riches :

    C'est Marcel qui harcèle celle qu'il appelle

    Sa pute. Peut-être que Marcel ment, ou elle ?

    Cent cinquante pages sur cette base, vas-y.

    Je vais trouver une académie pour un prix ;

    Pour les intervious, vu ta gueule d'intello,

    Je vais faire répéter ton alter ego.

    C'est mon nom qui apparaîtra sur la cover,

    Et ne me réclame pas en plus des droits d'auteur !"