• Néfastes les chasseurs, les bruyants, les aménageurs de territoires, les ingénieurs, les détenteurs d'autorité en usant malhonnêtement, égoïstement, pour imposer à tous leurs intérêts particuliers ou une vision erronée de l'intérêt général, au nom commode de l'emploi, du tourisme, du développement, plaies de notre temps. Quand je vis au calme, quand je me promène, quand je lis, quand je travaille silencieusement au jardin, accompagné par les ramages et pépiements, quand je pense, quand j'écris, je ne commets aucune nuisance à ceux qui vivent dans mon entourage immédiat. Eux, en revanche, imposent leurs malfaisances à ma vue, à mes oreilles. Ils polluent, ils enlaidissent et contraignent quiconque à subir leurs méfaits. Dictateurs au petit pied. Il faudrait - s'ils ne peuvent refréner l'extension envahissante de leur personne, l'expression de leurs passions néfastes - leur consacrer une aire isolée où ils pourraient s'entrenuire sans gêner ceux qui ne sombrent pas, comme eux, dans le délit d'abîmer le beau. Ils n'en sortiraient qu'après repentir et mise à l'épreuve. Le premier faux pas serait puni de peines pédagogiques: au chasseur impénitent, on présenterait un lièvre vivant qu'il devrait caresser amoureusement, au fanatique de musaque techno, on passerait dans ses écouteurs Bach ou Mozart, à ceux qui entôlent le pays en le couvrant de zones d'activités ou commerciales, qui l'enlaidissent de panneaux publicitaires ou d'éoliennes, on leur ordonnerait d'aller démonter proprement leurs installations sinistres, les quadistes, les adeptes de motocross devraient aller se promener en forêt en apprenant à reconnaître les variétés d'arbres et de chants d'oiseaux.

    Et la terre serait rendue à sa beauté


  • Spectacle renouvelé sans cesse

    Un fou chasse l'autre

    Vedettes éphémères qui paraissent

    Devant les yeux nôtres

     

    Affligeant désespérant inquiétant

    Faut qu'on déconnecte

    Fausses niouzes vrais écrans

    Propos incorrects

     

    Ouvrir tout grand portes et fenêtres

    Chercher le réel

    La profonde vérité de l'être

    Non l'artificiel

     

    Aimer le prochain apprécier la terre

    Choisir les valeurs

    Solides bienveillantes solidaires

    Goûter le bonheur

     

    Bâtir un barrage à la boue

    Semer de l'espoir

    Se redresser se relever debout

     C'est là l'humain devoir


  • Le mal sous toutes ses formes entache ce qu'il touche, rien ne lui échappe, même les espaces et les êtres préservés momentanément. La vie, qui sait être exaltation, est aussi dégradation. La faute en incombe au temps, dévorateur cruel, principe de vie, et de mort, et ses alliés que sont les faux devoirs de fausse morale, intériorisés, prétendument universels. Même l'amour, ce miracle merveilleux, peut dégénérer. Les mots sont insuffisants: je pense dire, elle entend autre chose. Mais qu'elle sente mon cœur! Qu'elle voie mes pleurs! Qu'elle entre en mon âme, et elle y verra ma détresse comme un reflet de la sienne. Que puis-je faire? Dire? Ne pas devenir l'allié de l'ennemi qui guette, qui ronge, qui détruit. Se taire, chercher à comprendre. Aimer.


  • La langue française subit des attaques incessantes, franches ou insidieuses. Elle devrait être défendue et protégée par les autorités publiques, soignée par ses locuteurs, mais les uns comme les autres semblent inconscients de leur privilège d'être nés dans une langue belle, riche, nuancée, harmonieuse, que bien des étrangers sensibles admirent, jusqu'à l'apprendre et parfois la maîtriser mieux que nous.

    Exemple du jour: l'objet qu'il faut prononcer "ailpade".Non seulement le mot est laid à l'oreille comme il l'est à l'usage, mais encore il ne correspond pas à notre culture. Il représente une soumission de plus à l'ordre américain et mondialisé. Et que dire de sa graphie? iPad! Voici pour commencer un "i" qu'il faut prononcer "aïe" (c'est vrai que c'est douloureux), et la majuscule se trouve déplacée en seconde position. On trouve aussi cette prononciation en "aïe" pour "high", qui devrait s'entendre "igue". Donc si un jour je vois écrit "iHigh", je devrais prononcer "aïe aïe". En effet...


  • Le luxe: un fait ou un sentiment?

    Celui qu'envisage Voltaire dans le lamentable "Mondain" ou celui d'un tiers de la triade baudelairienne dans le refrain de sa sublime "Invitation au voyage"?

    Le luxe-fait, donnée objectivée par une valeur marchande, monétisée, de l'objet qu'on veut acquérir, qu'on acquiert, qu'on est fier de posséder, correspond à une phrase aussi fameuse que désastreuse prononcée un jour par le grand spécialiste de la publicité, des campagnes avec clochers, et des UV, Jacques Séguéla, qui mêlait Rolex, demi-siècle et ratage de vie.

    Le luxe-sentiment est une façon subjective de goûter ce que la vie propose, avec la conscience que l'on a de cette chance. Ce luxe-là n'a de valeur que morale, il apporte une satisfaction douce à qui sait apprécier un phénomène perçu, une émotion ressentie.

    Le premier conduit à l'esclavage aux modes, au désir maladif et jaloux de la possession, au besoin de renouveler sans cesse les sources d'un plaisir forcément éphémère. Il favorise donc, outre l'arrogance et la frustration, la consommation de biens matériels, et contribue donc à accélérer la dégradation de la planète (voitures gourmandes, métaux précieux, achats inutiles).

    Le second conduit à une vie heureuse, car sobre, dans laquelle la satisfaction est dans le plaisir d'apercevoir un sourire, de déguster les produits de son jardin, de savourer un rayon de soleil, le vol d'un papillon, un moment de calme, le passage d'un ami, la volupté d'une lecture, d'une écoute, d'une contemplation. Il procure un bonheur doux, car il est de gratitude, et il n'abîme pas la planète.





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