• Tu veux passer à la tévé, devenue la remorque recyclante des ioutubes et délits-mocheunes, du pas très net, de la toile, cirée, encrassée, usée comme celle de la table de la salle à manger de la pension de Madame Vauquer du Père Goriot de Balzac, tu te prends pour une abeille en faisant beuze beuze (pendant que les vraies disparaissent à cause des perturbateurs divers, leur doux bourdonnement étant remplacé par celui des stridences médiaticonumérisées), tu veux, non ton quart d'heure, mais ton éternité de célébrité, puisque l'Internet, nouveau Dieu, n'efface rien de son extensive mémoire, eh bien, il faudrait dire plutôt eh mal, plusieurs solutions s'offrent à toi :

    - Fais fi de toute pudeur, hanounise-toi. Tes pitreries, toutes plus connes les unes que les autres, faussement provocatrices, une fois sur la Toile, auront les honneurs de milliers de commentaires de tous les dysorthographiques de France, qui peuvent aussi cliquersur un pouce levé pour éviter de faire des mots avec des lettres. Attention, pas de blague à la Tex : tu seras aussitôt ostracisé, le pouce ira dans le mauvais sens, tu seras mis à l'intex de l'intox : c'est ainsi qu'annulèrent les autorités ernottiennes les efforts de l'animateur majeur pour faire plaisir à Julien l'apostat.

    - Fais quelque chose de spécial et passe à « La France a un incroyable talent » : mange des spaghettis avec une paille, chante la Marseillaise à l'envers, apprends le bottin, fais disparaître ce que tu veux, récite du Verlaine, euh non, pas du Verlaine, de l'Angot, ce sera plus ango-assant, sois une pyramide humaine à toi tout seul, …

    - Fais des études de droit, pour être ou procureur, ou avocat. Tu seras sûr d'avoir un strapontin lors des JT agités. Choisis une région propice aux faits divers catastrophiques, aux enlèvements d'enfants, aux meurtres de jogueuses, aux bavures policières, tu pourras alors jouer le rôle qu'on attend de toi devant des forêts de micros, et d'un ton plein de neutralité et d'assurance dire que l'enquête avance, que la passagère avait une robe blanche, que la victime a été violée, enfin non, pas tout à fait, que le suspect est suspecté, que les gendarmes font leur travail, que le suspect a été relâché, … Si tu es avocat, choisis les causes les plus crades, les terroristes les plus haïssables, les harceleurs les plus antipathiques, les hommes politiques les plus pourris, tu pourras dire que le prévenu l'a été par un coup de téléphone, tu pourras dire de ta plus belle voix en désignant les avocats de la partie adverse: « J'accuse deux zozos-là, André Fusard, et Esther Hazy... ».

    - Si tu ne veux pas faire d'études, ne t'inscris pas sur Parcours sup, ça libérera de la place, et fais des tutos sur internet. Le maquillage et les trucs de filles, ça marche bien, ou les piratages informatiques pour les garçons, bon, l'inverse si vous voulez. Comment paraître 15 ans quand tu en as 16, ou 16 quand tu en as 15, comment aller chercher les billets dans un distributeur automatique, ou, plus simple, comment faire virer sur ton compte, l'argent des salauds de riches à partir de leurs données que tu auras interceptées. Fais-toi payer par les fils de bourges pour aller modifier leurs notes et leurs appréciations sur «école directe », fais un trafic de faux certificats médicaux, etc, etc.

    Tu auras de l'audience, crois-moi, et ensuite, à toi les plateaux de tévé, tu seras druckerisé, ruquiérisé, combalisé, naguisé, déguisé, …

    - Si tu ne veux toujours pas faire d'études (voir plus haut…), fais du foute, et tu pourras t'asseoir devant une foule de journalistes, avec derrière toi un panneau de marques de toutes sortes, et tu pourras dire : « je suis content, j'ai mis en but, mais le plus important, c'est l'équipe », « le terrain était humide et même kiaplu », « je remercie mon entraîneur qui m'a fait confiance », …

    Télé le choix qui s'offre à toi.


  • Seule l'expérience littéraire est apte à rendre la vie profonde, intense, et lui donner un degré de vérité qu'elle ne saurait atteindre sans ce passage obligé. C'est par les mots et les livres des êtres d'exception que sont les grands auteurs que je peux avoir accès à des éclats de ma propre essence. Mon existence est quelconque, ratée même si j'en juge par des données objectives, mais ma vie intérieure est d'une richesse, d'une variété, d'une complexité insoupçonnables par qui me croise. J'essaie à mon tour de permettre à qui le veut bien d'en approcher, démarche qui est ma manière de mettre mes pas dans ceux de magnifiques devanciers en imitant le processus qui permet de passer de ce qui est ressenti à ce qui est écrit, moyen de faire éprouver à chaque lecteur à son tour la profondeur des relations à soi, aux autres, au monde. Cet acte, je le conçois non pas comme uniquement réflexif et narcissique, mais comme exemplaire, au sens où il est une invitation à s'en emparer, à effectuer le même mouvement de creusement intime, accomplissement de soi, et, pour reprendre une belle association de mots qui me reste en mémoire : « aveu et appel ».


  • Petit âne dans la crèche est entré,

    Comme une moule à son rocher,

    Il est tel : il s'incruste assez.

    Il s'est vraiment trompé d'adresse.

    « Qu'en faire de ce bout langé,

    De cette religieuse messe ?

    Je vais des sous en engranger,

    Je les mettrai dedans ma poche,

    Même si kangourou ne suis.

    Quelques moutons tristes et moches

    M'adoreront plus que ce Lui ;

    Je chasserai ces culs-bénits,

    Ferai de ce lieu mon royaume,

    J'accumulerai les sommes,

    Ne serai en manque de nid.

    En place de Marie bébête,

    Je placerai la tartufette,

    Joseph le cocu trouvera

    Un bon remplaçant en Judas.

    Quant au désespérant joufflu,

    Qu'ils appellent petit Jésus,

    Il me faudra le ménager.

    La croyance en lui mimerai.

    Il paraît qu'un dieu tout-puissant

    Veille sur son destin d'enfant.

    Mais non, tout cela fariboles

    Pour les catholiques écoles.

    Allons, foi d'âne petit gris,

    Appliquer le plan que j'ai dit. »

     


  • Les contextes médiatiques et sociaux sont souvent une invitation à l'abaissement moral: facilité, vulgarité, immédiateté, culte de soi, de son apparence, désir de reconnaissance exacerbé; pour s'élever, s'arracher du marais, il faut une impulsion, un élan, un coup de talon, une prise de conscience...

    Ces appétits du lucre, de son image, de la gloriole, éloignent de ce qui mérite d'être honoré, valorisé, considéré, admiré, aimé: tout ce que l'homme sait faire de superbe et de profond, l'amour désintéressé de l'autre, la capacité à regarder ce que l'art et la nature nous proposent de vraiment beau, d'élégant, de surprenant, de sublime.

    Cette distorsion entre les deux pôles conduit à des malentendus, des incompréhensions, des jalousies, des guerres même entre les superficiels et les profonds, les premiers obéissant aux stimuli de l'époque, ne croyant qu'aux algorithmes, aux modes, les seconds ayant le privilège de voir plus haut, de connaître la vérité du sentiment, de regarder vers l'idéal.

    À quoi est due l'agressivité des uns envers les autres, leur acharnement, leur méchanceté? De quoi se vengent-ils donc? De leur médiocrité, d'eux-mêmes? De la conscience confuse qu'ils n'accomplissent pas la complétude de leur humanité, dans ce qu'elle a de plus noble, qu'ils ont au fond, tout au fond d'eux-mêmes, une âme qu'ils font taire?

    Le monde de l'art, de la politesse, de la beauté, n'est fermé à personne. Toutes les conversions sont possibles, sauf à s'enfermer dans la négativité, la stérilité, la haine.

    Moi, j'aime la vie, je la cultive comme une oeuvre: lire, jardiner, converser avec des amis, écrire, méditer, aider, écouter, rire, et parfois aussi déplorer, pleurer, regretter, mais toujours espérer que progresseront la sagesse, l'attention à l'autre, la faculté d'aimer.


  • Un carnet broché aspire à l

    a surface le phénoménal

    Ouïes ouvertes et plongeon,

    aligne ses lignes au fond





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