• Cardinal retors, parrain craint, sourire sardonique en coin, Méphistophélès jouissant des effets délétères d'un pouvoir abusivement et vicieusement exercé, il use de toutes les manœuvres, même les plus viles, les plus sales, dans le processus d'élimination de quiconque ose le défier, et dénoncer ses maléfices. Il regarde du haut de sa petite taille de tyran les marionnettes qu'il agite au bout de ses fils, tellement dociles, qu'elles lui obéissent lâches lâchées. Népote avéré, intelligent dans le mal, sa seule foi est en lui et dans les chiffres. Il ne voit en l'autre qu'un instrument. Serpent sifflant sa haine, il fait le doucereux, il feint l'humanité quand il le faut pour ses intérêts. C'est gros, mais ça passe. 


  • Si j'ai commencé ici une oeuvre dont je montre la gestation au fur et à mesure des jours, c'est dans un but d'utilité pratique pour compléter sous un angle différent des cours dispensés sur la thématique de l'autobiographie: les motivations, les choix, les difficultés inhérentes au genre. Rien de tel pour mieux comprendre certains enjeux littéraires que de vivre soi-même l'expérience du créateur, et de la présenter directement comme un document vivant. Et, à l'instar de Gide dans le Journal des Faux-Monnayeurs, et de son personnage d'Édouard, dans son célèbre roman, je mets en abyme l'ouvrage en posant, expérience à l'appui, la question des limites de l'acte littéraire, celle des liens entre intention et réalisation (Rousseau, à la fin du quatrième livre du premier volume de ses Confessions explicite les modification apportées au "pacte" initial, celle de la capacité du langage de rendre compte de la complexité des sentiments éprouvés, quand il s'agit de leur trouver une traduction sous forme de mots, de phrases, d'un ensemble, tous aspects qui, s'ils paraissaient trop élaborés, sembleraient s'éloigner de la spontanéité transparente de l'immédiateté. Les métaphores, les allusions, la retenue risquent d'être des trahisons. Et pourtant, l'auteur prétend à l'art. Deux écueils entre lesquels il faut donc naviguer à vue: la brutalité de la restitution d'un réel qui risque de n'avoir aucun intérêt esthétique d'un côté, et l'enjolivement stylistique qui risque d'établir une distance entre l'éprouvé et sa restitution verbale. Entre "Merde, i'font chier!", (il faudrait aller jusqu'à nommer les membres du groupe anaphorisé dans le "i'" familier) et "L'animosité des ennemis ne laissait pas d'agacer sensiblement notre chevalier, épris de vertu et de justice." Et pourquoi pas versifier, même si Philippe Lejeune fait de la prose une des conditions définitionnelles du genre autobiographique, conception restrictive qu'il a remise en cause quelques années plus tard (cela vous permettra de bénéficier d'un deuxième "distique du jour"):

    D'un côté la perversité faite homme et femme,

    De l'autre la simplicité qui dit l'infâme.


  • Des  thématiques contemporaines ne manqueront pas d'apparaître.

    Le harcèlement sexuel instrumentalisé par des personnes malveillantes, incapables de le distinguer de la séduction, de la relation amoureuse pure. Phénomène d'automorphisme de ceux et celles qui n'ont aucune capacité à aimer, ou qui vivent dans le stupre, et ne voient que la jouissance physique, il leur est impossible d'imaginer alors qu'on puisse aimer de manière sentimentale, courtoise, respectueuse.

    Le harcèlement, véritable celui-là, dans le cadre du travail, quand on veut éliminer et pousser dehors, au suicide même, l'ennemi; tous les coups sont alors permis. Surtout quand on bénéficie d'un pouvoir dont on use à discrétion, manipulation, mensonge, diffamation, prise en otage d'étudiants, incapables qu'ils sont de voir qu'ils deviennent des leviers de manœuvres dont la bassesse est pourtant évidente.

    Celui que j'appellerai Pauvrelieu, et son triste acolyte, couple  drolatique s'il n'était aussi dangereux, feront l'objet de portraits circonstanciés, on les verra agir, donc mentir, vouloir placer leurs proches à la place du chevalier notamment, tenter de l'intimider en espérant que sa fragilité supposée le fera craquer. Cependant le machiavélisme du cardinal Pauvrelieu est tel qu'il endort, comme Kaa, menace, comme Sher Khan, achète la fidélité des faibles aveugles, fait collusion avec d'autres pervers, au premier rang desquels l'infernale Milady, et son valet de pique.

     


  • Au cœur de mon roman, en fil rouge, et ce sera aussi l'ouverture, un événement, qui aurait dû rester intime, mais qui vaudra à son protagoniste une avalanche d'avanies. La médaille, brillante, et son revers, sombre. Une rencontre merveilleuse, un chance, un cadeau de la vie, d'autant plus appréciée que ma grande histoire d'amour me laissait pantelant, que mon père se mourait à l'hôpital, et puis, elle... belle, jeune, fine. Mon idéal incarné, elle était heureuse de me voir ainsi hors des circonstances sociales. Et moi? Émoi... et de la sérénité cependant: je me sentais bien, mais ne me le disais pas. Je vivais un état de présent total. Comment raconter ces quelques heures volées à la médiocrité quotidienne en cet après-midi de novembre? Restituer les impressions telles que je les vivais alors, y adjoindre les remarques dues au recul et à la connaissance de ce qu'il allait advenir (la chute en enfer après le séjour paradisiaque): Marivaux procède ainsi dans Le Paysan parvenu, sans qu'il soit possible toujours de discerner les niveaux de narration. À la manière de Proust, pousser l'analyse au plus loin qu'il est possible? Je vais m'y atteler, avec une difficulté complémentaire: l'intrication complexes de fils disparates, liés entre eux cependant, des ennemis qui voulaient m'abattre depuis longtemps, des épisodes antérieurs qu'il faudra évoquer. Mais ne pas mélanger: ce moment au jardin public fut si pur, dénué de toute salissure, que les mentionner lors de son récit serait trahir la vérité.

    Je ne veux pas non plus que ce roman soit illustratif de quelque thèse que ce soit, ni un règlement de comptes littéraire. Les conclusions, les lecteurs les tireront eux-mêmes. Peut-être ai-je besoin d'expliquer mon incompréhensible cœur, mon sens de valeurs, que l'on ne prône ni ni ne vit plus beaucoup aujourd'hui. Je préfère paraître ridicule aux yeux de certains, et être fidèle à ce que je sais être le beau, le vrai, le pur.


  • Professeur-écrivain, je me situe en observateur et en praticien de l'acte littéraire. Je me propose dans cette nouvelle rubrique de faire de vous, mes chers (enfin pas tous) lecteurs, des témoins des différentes étapes de l'oeuvre que je compte mener à son terme, au fur et à mesure de chacune de ses étapes. 

    L'idée m'est venue ce jourd'hui, sur les routes de ma campagne aimée (à défaut de compagne). Marcher et pédaler sont deux activités qui favorisent l'essor de vers ou d'idées. Ainsi j'ai reçu comme une illumination, pensant une nouvelle fois aux épreuves que la vie et les cons m'imposent depuis deux ans en particulier. Les malheurs, pour être surmontés, peuvent se convertir en création, ce qui libère l'esprit, et aboutit à un résultat objectif. C'est donc une forme d'alchimie: je me saisis de mes expériences, même et surtout les plus difficiles, et je les métamorphose en mots, en phrases, en projet que je peux faire avancer progressivement, avec le but de constituer un tout, qui soit abouti, vrai reflet verbalisé des émotions ressenties. 

    En pédalant donc, je me disais in petto en mon for: mon aventure a beaucoup de points communs avec Les trois mousquetaires. Il me faudra relire ce roman célèbre, mais sans que l'influence ne soit qu'un calque. C'est le nombre 4 qui m'a mis sur la voie: d'Artagnan moi-même qui prends ma plume pour une épée, j'ai trois amis qui seront les relittérisations des héros acolytes dumasiens, soutiens indéfectibles du bretteur, j'ai ma Milady, dont les traits seront dus à ceux d'un modèle qu'on n'aura pas de mal à reconnaître, tant sa perfidie, sa quête séductrice, sa perversité sont notoires et manifestes, j'ai mon Richelieu, cynique, clanique, acharné jusqu'à la bêtise malgré une intelligence mal utilisée, et ses agents des basses œuvres, j'ai mes lâches, mes traîtres, mes comploteurs, mes indifférents, mes couards, et aussi mon Louis XIII, qui exercera la justice dans un monde bien sombre de diffamation, de violence plus ou moins larvée, d'injustices, d'abus de pouvoir.

    Reste à trouver une forme, et un traitement de faits et de personnages qui ne soit trop dépendant ni des individus inspirateurs, ni des personnages du roman célèbre. J'y replacerai évidemment les épisodes réellement vécus, et dans un contexte des années 2015 à 2017. Varier les voix? Choisir de faire parler le nouveau d'Artagnan comme narrateur? Adopter une chronologie linéaire ou brisée? Faire des collages en reproduisant sans guère les modifier des documents que je conserve scrupuleusement ( voir la rubrique "Fiction")?

    De la boue à l'or, n'est-elle pas belle la vie, quand elle est haussée par l'art?

    Deux autres influences s'exerceront sur mon écriture (j'en prends conscience en relisant les lignes qui précèdent): Gide et sa structure éclatée des Faux-Monnayeurs, si j'opte pour cette possibilité, et Flaubert, mon Maître, qui rend la médiocrité et la bassesse magnifiques, par son style et son ironie.

    Je vous tiens au courant...





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