• Mon mort préféré

    Mon père était courageux, droit, intelligent, pudique, exigeant jusqu'à une forme de dureté.

    Il avait horreur de l'injustice, du mensonge, du frelaté.

    Il était humble et attentif.

    Il réparait tout : les pendules,les jouets, les objets cassés.

    Il cirait les chaussures de toute la famille le dimanche soir dans sa blouse grise.

    Il passait des heures dans son grand jardin, et revenait les bras chargés de légumes.

    Il donnait aux associations de son temps, et l'argent qu'il pouvait, mon père n'était pas riche.

    Il était ouvrier, il se demandait en plaisantant à moitié comment il avait pu faire des enfants allant si loin dans leurs études, il était fier de nous.

    Mon père formait avec ma mère un couple fort, aimant, indestructible : leur progéniture était leur priorité commune.

    Mon père était croyant, et foncièrement bon.

    Mon père employait volontiers un juron que je n'ai jamais compris : « Milliards polites ! »

    Mon père n'aimait pas le Père Noël, les socialistes, le mélange du sucré et du salé.

    Il avait de l'humour, il riait peu, mais ses yeux pétillaient souvent.

    Il s'est adouci avec les années.

    Quand il a appris que la maladie allait l'emporter, il a dit : « C'est votre mère qui va être triste ».

    Le dernier mot que j'ai voulu qu'il entende avant de sombrer dans l'inconscience : « Merci ».

    Sans lui, sans son éducation, sans la volonté, la force de caractère, l'amour de la vérité qu'il m'a transmis, je ne serais pas ce que je suis, les épreuves m'auraient abattu…

    Un vrai père, mon papa.