• Mal partis

    Tout à défaire, à détricoter. Tirer sur le fil qui pendouille pour un démaillage intégral. Déshabiller des billets, des cartes bancaires, des paiements tellement obscènes qu'on a inventé le sans contact. Dépouillé sans toucher. On cache la concrète et spermatique monnaie qui ne féconde que des bibelots pervers ou des denrées frelatées. L'argent fait con. Je suis donc j'achète. Donc je jette. Qu'importe le pompon pourvu qu'on ait la graisse. Obèse, on ne pense qu'aux baises, risques en manque de potion. Poison, potion, même racine. On se croit libre, et on s'asservit, on s'enchaîne, on se tricote un monde d'artifices. On se choute à tout ; au foute, au sexe, aux écrans, aux drogues, addition d'addictions. On se pollue, on s'empoisonne, et pour faire mauvaise mesure, on pollue, on empoisonne le monde, détruit de détritus. On passe sa vie à jeter, à remplacer, à obéir aux mots de désordre du capitalisme qui a perdu la tête. On joue aux heureux et on se bourre d'antidépresseurs. On a tellement peur de n'être rien qu'on se tire le portrait à tours de pouces, selfimanie. Chacun crie : regardez-moi, c'est moi là : ne suis-je pas le plus beau, la plus belle?Miroir, miroir, mirror, horror. Syndrome de la belle-mère de princesse. On n'est plus jaloux, on veut rendre jaloux. On s'indigne sur commande, on commande sur commande, on est fane, on laïke, on ouatsape, on snapchate, on fait ce bouc. On doute de tout mais on croit tout. Haine des cathos, mais on fait tout comme eux : on est charlie, on marcheblanche, on bougise, on invente de nouvelles messes, on panthéonise, on adore Veil, Ruquier, Pogba. On ne lit pas, on réduit son vocabulaire : 100 mots suffisent dont la moitié de globiche pour communiquer. On bat la coulpe du voisin : Sépamoi devient un refrain, c'est pas de ma faute l'explication de tout. On voit de l'injustice partout. On se croit drôle. On ne mûrit pas, on reste enfant : exauce mes désirs ou je crie, mon câlin ou je déprime.

    Immaturité jusque dans les abysses de l'État. Infantilisme des touiteurs compulsifs, ou des Jupiter de paccotille.

    La terre est à sauver. Seuls les hommes le peuvent. C'est mal parti.