• Ma légende des siècles

    La nature est un don : compagne de beauté,
    Elle comble de ses grâces l’humanité,
    Elle la protège, l’accueille, la dirige
    Vers une sagesse que le devoir oblige
    À respecter par un élan de gratitude,
    Sans aucun calcul, sans intérêt, sans étude.
    Elle offre ses paysages à admirer,
    Sa variété d’apparences et d’aspects ;
    Elle dit à l’homme : j’aimerais que tu m’aimes,
    Je te donne la terre afin que tu sèmes,
    J’ai fait la nuit pour favoriser ton repos,
    J’ai créé les animaux et les végétaux,
    Les océans et les monts, les lacs et les plaines.
    Toi, mon cher hôte, tu fis canaux et fontaines,
    Des ressources proposées tu tiras parti.
    Nous vivions harmonieusement, en bons amis…
    Fus-tu fou quand vint ta satanée démesure ?
    Tu devins de toi-même la caricature :
    Certes tu n’étais pas sans vice ni défaut,
    Mais tu te muas en un adepte du « trop ».
    Tu ne pus du bonheur simple te satisfaire,
    Il te fallut devenir toujours plus prospère,
    Plus puissant, plus gros, plus grand, plus riche, plus savant.
    Te prit la démente idée de créer l’argent,
    L’industrie, le commerce, la sacrée patrie,
    Causes de guerres entre nations ennemies.
    Tu parlais de progrès, même tu t’en vantais.
    Le pire fut là quand vint le capitalisme,
    Pour les hommes et la terre vrai cataclysme.
    L’envie, la mode, la jalousie, le désir
    De possession firent les hommes s’entre-haïr.
    Et la nature fut par eux de plaies couverte,
    Elle passa, trépassa par profits et pertes.
    Elle fut perforée, violentée cruellement,
    Toujours plus éloquent l’enlaidissement :
    On bituma ronds-points, routes et ponts inutiles,
    Les sols accueillants pourtant périrent stériles.
    L’air et les eaux également touchés, salis,
    La terre devint enfer en lieu de paradis.
    Les humains constataient pourtant ces maux coupables,
    Mais, sensibles à la séduction du diable,
    Ils accélèrent encore le rythme bête
    De la chute dans le néant de la planète,
    Préparant ainsi pour leurs propres descendants
    Une vie de catastrophes et d’ouragans,
    De crues des océans et des flux migratoires.
    Pas d’issue de secours, aucune échappatoire.
    Punition logique du meurtre maternel :
    Tuer sa mère, c’est refuser l’éternel.
    L’homme préfère donc la pulsion mortifère,
    Il ne veut pas user de moyens salutaires.
    Alors faut-il penser désormais à l’avenir
    Ou trouver refuge en attendant d’en finir ?
    Contempler une dernière fois la nature,
    Déplorant, oubliant l’humaine forfaiture...