• À chaque fois que j'assiste à des funérailles

    Une pensée vient : c'est donc là qu'il faut qu'on aille…

    Tous ces encore vivants pour pas très longtemps,

    Ces têtes blanches, grises, et même ces enfants,

    Auront leur tour et seront aussi cadavres.

    La dernière heure tue, mais la moindre heure navre.

    Dans chaque cimetière des morts qui ont eu

    Leur vie, leur chair, êtres vivants, ils ont vécu…

    La conscience s'est éteinte, le corps dissous,

    Ils étaient dessus, et RIP, les voilà dessous.

    Mais ce ne sont que restes, que traces ultimes

    Qui se décomposent, se dégradent, s'abîment,

    Pourrissement charnel et fin définitive

    Pour ce corps, compagnon de nos jours de dérive.

    Machine échappant à son maître ou sa maîtresse ;

    Je pense à ces femmes vieillissantes, détresse

    Des rides, des taches, des muscles amollis,

    Elles qui soignaient leur apparence à tout prix,

    Elles se croyaient belles, … stérile moisson :

    Promesses publicitaires sans guérison.

    Petits achèvements avant l'achèvement,

    Tant de soins perdus, sans fard en fosse on descend.

    Quant à l'âme, qu'en est-il ? Est-elle en exil ?

    Vague impression qu'en nous, diffus, confus, subtil,

    Circule une indéfinissable, immatérielle

    Substance communiant avec plus grand qu'elle,

    De l'infini dans le fini, tel un élan,

    Comme un signe, un appel venu du firmament.

    J'aimai, je fus aimé, il n'est rien de plus fort,

    Rien de plus éloigné de l'idée que la mort

    Devrait être un anéantissement fatal.

    Il est un lieu sans espace, un temps anormal

    Où s'unissent idéalement les amants

    Qui ont connu sur terre de si beaux moments.

     

     


  • Certains se font du mauvais sang, quelle déveine !

    Moi, je me fais un sang d'encre en saignant mes peines

    Mais bon sang ! Je décris mes colères aussi

    Contre la crétinerie de certains bouffis

    De certitudes, des stupides faisant semblant

    de croire en eux, bornés, limités, suffisants ;

    Contre l'indécent système dévastateur

    Qui soumet la masse à son sinistre labeur.

    Mais mon âme blessée saigne d'un autre sang :

    Elle m'appelait amant, je m'en souviens souvent,

    Elle avait enrichi ma vie d'un don du sens,

    Nous vivions en transfusion, en toute évidence,

    Nous étions appareillés l'un à l'autre, branchés.

    Sensuelle dans l'indécence sans limites,

    De sublimes paroles furent alors dites…

    Mais l'amour a ses anémies, ses leucémies,

    Le sentiment et le sang ont leurs ennemis.

    Le monde est en son cœur atteint,

    Mon cœur est en son monde atteint.

    Sauront-ils en guérir ?

    Retrouver le sourire ?

    Laisse venir,

    Laisse venir...


  • Je veux que revienne le vieux monde

    Quand aquatique était l'onde

    On allait à la ferme chercher le lait

    C'était la fermière qui vous servait

    On attendait le passage du facteur

    Avec ses factures ou les mots du bonheur

    On allait se promener le dimanche

    En famille en forêt sous les branches

    On ignorait tout des perversions

    En toute innocence nous avancions

    Les parents étaient sévères et bienveillants

    Ils faisaient tout pour leurs enfants

    Le père était tout en rigueur

    La mère toute en douceur

    Au fond du jardin le poulailler

    Pour y aller une allée de groseilliers

    Un grand cerisier accueillait nos escapades

    D'enfants Nous y montons Regarde

    On voit tout le village et le pont

    Et là de grand-mère la maison

    Une bande de copains après les devoirs

    Joie simple de se voir

    Interminables parties de babifoute

    T'as perdu, t'es qu'une croûte

    Nos insultes n'étaient pas vulgaires

    Nous rentrions à l'heure fixée par le père

    On trouvait le nécessaire dans les magasins

    En y allant par les chemins

    En croisant les passants les quidams

    Bonjour Monsieur Bonjour Madame

    Papa cultivait Maman cuisinait

    Pommes de terre carottes navets

    Nous étions turbulents et respectueux

    Nous ne savions pas que nous étions heureux


  • Je n'aime pas les foules unanimes

    Ni la ville qui vous rend anonyme

    Trop de sales bruits de laides couleurs

    D'édifices brutaux et sans saveur

    Piétons voitures s'y pressent en foule

    Ils marchent courent s'arrêtent crient roulent

    Leur prothèse connectée dans la main

    Ils adressent leur parole au lointain

    Les écouteurs bouchent leurs deux oreilles

    leurs attitudes sont toutes pareilles

    Je cherche en vain à croiser leur regard

    Sans étincelle atone vide hagard

    Zombies juste sortis de leurs suaires

    Passants passifs aux gestes similaires

    Croiserais-je ici mon être charmant

    Attirant mes yeux magnétiquement

    Naissance d'un sourire aux commissures

    Créant dans le temps comme une fissure

    Où s'infiltrerait la négation

    De la temporelle soumission

    Parcelle tirée du réel par celle

    Qui me laissera ce souvenir d'elle

    Forant dans l'âme un abîme profond

    Lui que la douleur et le plaisir font

    Je l'aurai connue cette expérience

    Où l'amertume à la joie se fiance

    Elle ,passe la passante marquant

    De sa beauté fugace son amant

     

     

     


  • Naître à l'instant

    N'être qu'à l'instant

    Certes je dis certes

    Mais la jouissance du présent

    Admirer du monde les présents

    Goûter le rayon du soleil

    Voir la nature en ses merveilles

    Prêter l'oreille

    Aux pépiements charmants

    Des volatiles à leur babil

    Prêter les yeux

    À leur vol sur fond bleu

    Connaître ses chances

    Remercier la providence

    Et ses dons

    Tout cela est bel et bon

    Je sais cultiver cette sagesse

    Mais être à soi n'est-ce

    Pas aussi penser au passé

    Se laisser traverser

    Par les souvenirs

    Les laisser venir

    Je les revois sans cesse

    Ces moments heureux

    Ces douces caresses

    Son être lumineux

    La beauté du décor d'ici

    La joie de l'accord d'hier

    Vient la nostalgie

    Du solitaire

    De l'abandonné meurtri

    Qui sans le partage

    Reste en marge

    De la jouissance du présent

    Du charme de l'instant





    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique