• Le nombre et la morale

    L'opinion est prête. Les mœurs ont changé. Des sondages montrent qu'une majorité de français est favorable à …

    Le postulat est donc qu'il faut accompagner la décadence, voire la précéder.Quelle est donc cette peur de déplaire au grand nombre, qui consiste à tout avaliser, à tout légaliser, à tout égaliser dans un premier temps avant de mener la propagande médiatique où s'accumulent les inepties, l'anti-humanisme, les contre-vérités ? On accepte l'inacceptable, et l'on remplace les anciennes interdictions par des encouragements, et de nouvelles interdictions accompagnent par la censure, au nom de la tolérance, les manifestations de doute quant à la pertinence d'une modernité auto-proclamée, déesse qui vaut tous les sacrifices. La liberté d'expression est limitée aux thuriféraires, aux associations bien-pensantes, à des individus à l'intelligence courte et aux idées larges, hystériques et sûrs d'eux, qui n'ont à la bouche que les insultes passe-partout de facho, miso, réac.

     

    Parmi mes lecteurs, je connais certains crispés qui consultent ce que j'écris, non pour apprécier mon génie, ou prendre conscience qu'il est possible de voir le monde, les faits, les êtres, différemment, mais pour repérer la phrase, l'opinion, le mauvais pas, qui pourrait conduire à un dépôt de plainte. Totalitarisme mou, surveillance généralisée stasique, dictature au petit pied de délateurs, diffamateurs, accusateurs publics, qui auraient fait une belle carrière lors de certaines époques troublées de guerres civiles. Cet acharnement est la traduction d'un aveu qui ne veut se dire, celui de la relativité, de l'incertitude, de reconnaissance d'erreur. L'idéologie remplace la croyance, mais portée par des incultes, des Pol Pot au petit pied, des libertaires liberticides, relayée par des propos unilatéraux de médias serviles, transformés en caisses de résonance déraisonnables, et ensuite métamorphosée en lois qui transforment en obligations des options, en autorisation des meurtres. Viendra le temps des affrontements, quand les consciences éveillées, vaccinées contre la connerie ambiante, rejointes par celles dont l'esprit gangrené s'est soigné au contact de l'intelligence vraie, du sentiment réel, devenues capables d'analyser ce qu'on leur fait croire, dire ou penser, se lèveront et s'opposeront à la bêtise méchante et légalisée.