• Le bachelier 2018

    Un bachelier avec mention d'aujourd'hui n'a pas de lectures à convoquer, d'orthographe maîtrisée, de compétences grammaticales, de sensibilité littéraire, ne sait pas former ses lettres, soigner ses travaux. Toutes ces lacunes ne l'ont pas empêché d'avoir un très bon dossier et d'intégrer des Classes préparatoires. Échec du système scolaire s'alignant sur le plus bas, influence de la civilisation de la facilité et de l'immédiateté; perte du sens de l'exigence et de l'effort, de la correction dans tous les sens du terme. Défaut d'éducation si leurs parents eux-mêmes ont adhéré aux mots d'ordre soixante-huitards, ont pensé prioritairement à leur développement personnel, ont démissionné de leurs responsabilités d'éveil et d'encouragement culturels, en confiant leurs enfants aux résossossots et aux jeux vidéo. En 25 ans d'enseignement dans ces classes post-bac, je ne peux que constater la baisse continue du niveau à l'entrée, le nombre de plus en plus réduit de vrais lecteurs, et de ceux qui possèdent une maîtrise satisfaisante de leur langue maternelle. Laisser-aller partout, même dans la façon de se tenir, sans parler des difficultés à maintenir son attention. J'ai souvent l'impression d'avoir face à moi non des préparationnaires, mais des collégiens, à qui il faut tout apprendre: se comporter, réfléchir, lire, écrire, aimer le beau, acquérir le sens de la nuance, chercher à progresser.

    Le travail ne manque donc pas, ni pour eux, ni pour moi.

    Ces jeunes gens sont victimes de leur triste époque, ils deviennent coupables s'ils s'en rendent complices.

    La société consumériste et capitaliste veut des abrutis cons-sots-mateurs, elle les fabrique et assure sa pérennisation en enlevant aux êtres humains ce qui devrait faire leur grandeur et leur dignité, pour en faire des machines répondant aux stimuli des modes commerciales.