• La fabrication de l'événement (faits divers d'été)

    Comment pré-organiser des événements pour alimenter en sujets, en objets devrait-on dire, les chaînes d'informations, de déformations, devrait-on dire, en continu?

    Il faut des pré-reportages: Froome est dopé, il participera au Tour de France; à Nantes, l'atmosphère est électrique.

    On en parle un peu tous les jours avec les interventions en plateau, et les inévitables avis d'experts, et de passants. On maintient ainsi l'attention tout en faisant monter la température.

    On chauffe, on encourage, on prédit, on signale des dangers, des risques: il faut du spectaculaire, on réunit les conditions pour qu'il se produise. Ainsi, on a le temps d'installer les moyens de diffusion, on sera bien prêt le jour où l'on allumera la mèche.

    Le public du Tour de France, dont on connaît la crétinerie ordinaire, sur le bord des routes, ne manquera pas d'insulter, de faire tomber le pilorisé, cet usurpateur de titres, ce faux asthmatique, ce vainqueur pas Français; les habitants des banlieues nantaises (ou pas), excités par l'idée qu'on les voie sur les écrans, iront brûler tout ce qui leur tombe sous la main, marionnettes du système médiatique avide de scènes violentes. Certains proposeront, contre chèque, leur propres vidéos...

    Et nous auront "la priorité au direct", le remplaçable rapporteur qui, dûment microté, oreilletté, attendra la question du gentil organiteur des studios sur fond de cris et de flammes, d'insultes et de foules de quelques personnes.

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