• L'adversité morale et la sagesse de Montaigne

    On se projette toujours. Un "quand", suivi d'un "je", et un verbe au futur. Les principales qui suivent sont d'une infinie variété, mais leur verbe central est le plus souvent "serai" ou "aurai". Ensuite deux possibilités. Ou l'objectif est atteint, et avec lui, la phase de la banalisation, de la relativisation. Vite un nouveau but ou je m'ennuie. Ou il ne l'est pas, dans ce cas viennent les déceptions, et l' éternelle question: "Pourquoi?" On se soumet, on parle de destin, on se révolte, on parle d'injustice, on y croit encore, on fait semblant d'y croire, on reporte l'échéance: "Un jour viendra", "Elle viendra"...

    En attendant, ou pas, faire de la sagesse de Montaigne son art de vivre: relire "De l'expérience", en particulier le passage fameux: "Quand je danse, je danse, ..." ou une tirade magnifique dans Mon Faust de Valéry qui commence ainsi: "Serais-je au comble de mon art?"