• Journal du 24-12, veille de Noël

    Ce matin funérailles,

    Ce soir solitude,

    Comment veux-tu qu'aille

    Mon moral mis à rude

    Épreuve surmontable ?

    Sur ma table,

    Rien, dans mon canapé

    Personne à aimer.

    Et mon Amanda

    Ne m'appelle pas...

    Copies corrigées

    Toute la journée :

    Propos inconsistants

    De mes chers étudiants,

    Ils m'ont puni

    Les pauvres chéris

    D'une virgule omise

    À l'orée d'une incise.

    Ils ont leur excuse,

    Et moi je m'accuse.

    J'éteins la radio,

    On parle de cadeaux,

    De repas de réveillon,

    Je me sens seul et con.

    Et mon Amanda

    Ne m'appelle pas…

    Je n'ai plus qu'à ratisser

    Mes tristes pensées.

    Ici je les consigne

    Attendant le signe

    Qui ne viendra pas.

    Je me parle tout bas,

    Parfois je crie,

    Parfois j'écris.

    Pas de libération

    Au bout du crayon.

    Un gros poids sur l'âme,

    En vain je réclame.

    Et mon Amanda

    Ne m'appelle pas…

    J'appelle dans le vide.

    Quelle vie stupide !

    Restent mes amis,

    Les livres que je lis,

    Ma bibliothèque,

    Des anciens Grecs,

    Jusqu'aux récents

    Plus ou moins intéressants.

    J'ai sorti de son trou

    Un roman de Guilloux,

    J'en ferai la chronique

    Dans mes critiques.

    Il faut que je lise,

    Pas de traîtrise

    Dans ces pages tournées,

    Pas d'espoir trompé.

    Et mon Amanda

    Ne m'appelle pas…

    Avec elles on comprend,

    On est plus intelligent,

    On est plus sensible,

    Tout y est crédible :

    On pleure, on rit pour de vrai,

    Même si ce n'est que papier.

    Allez, je vous laisse,

    Je vais aux promesses

    D'une évasion, d'un oubli

    De ma morose vie…

    Et mon Amanda

    Ne m'appelle pas...