• Je reprends ici cette chronique, en ces temps de disette occupationnelle, donc de lecture retrouvée, toujours plus intéressante que les écrans. Dans la journée, quelques heures de lecture, et de partage avec ses proches, quand c'est possible, sur les livres en cours. Je vous invite à retourner à mes articles précédents dans cette rubrique, et j'essaierai chaque jour, de vous donner envie, en quelques mots, de lire un ouvrage ... littéraire: tant qu'à lire, autant choisir la qualité! Je (re)commence avec une pièce de Giraudoux.

    C'est un Maeterlinck qui serait devenu bavard, un Claudel en moins mystique et en plus drôle. C'est poétique en diable, shakespearien sur les bords, giralducien au milieu, surprenant toujours, inventif, allusif, mystérieux.

    NB Je recommande la version filmée avec la jeune Adjani, celle du « petit chat est mort », avant qu'elle ne se promène toute nue lors d'un certain été, devant tout le monde, notamment le pas très pimpant Pin Pon, pompier peu poupin. Pardonnez ces jeux de mots « faits d'eau » pour éteindre cette évocation brûlante.


  • Le beau label dû à Du Bellay :

    Il a beau bêler, brebis belle,

    Il bout, il blâme, il est dans le fiel,

    Il pleure plaintif sa destinée.

     

    Il grince ses Regrets aggravés,

    Imageant l'Anjou joli qu'il mêle

    À l'arôme médiocrisant d'elle,

    Rome honnie ... au nid anti-quitté.

     

    Ô rugueux, n'est pas qui veut U lisse,

    Odyssée passée des doux délices,

    C'est en soi que la nostalgie gît.

     

    Ne t'étonne s'il n'est d'honnête homme,

    Paris ne vaut guère mieux que Rome,

    La mort aux os là plutôt qu'ici.


  • Les textes de Sarraute y (Tropismes) sont courts et ressemblent plus à un exercice appliqué qu'à de la littérature. Autre sorte d'écriture automatique, et qui manque de chair. Au nom du refus d'écrire comme Balzac, l'autrice (pour faire plaisir à certaines, mais chaque fois que j'écris ou dis ce mot, je pense au président zézayant, qui parlerait d'un certain pays germanique), l'autrice, puisque autrice il y a (ja !), je vous fais cadeau de cette « autrice » : un lot comme « autrice », ça fait avancer... l'autrice donc en (« en » se référant à Balzac) prend le contre pied, un peu trop systématiquement : quand, au foute, on fait une feinte (un contre-pied par exemple), la première fois ça surprend, mais ensuite on s'y attend... renouveler l'expression littéraire, soit, mais à condition de donner au style nouveau de l'intérêt, de la force, la finesse, elle, s'y trouve incontestablement. Excessivement. Dire l'insignifiance, la banalité, n'est pas aisé (voir plus haut quant à zézaie). En voulant lutter contre la fausseté du réalisme, on risque de créer une fausseté d'autre sorte. Rien ne marque. Rien ne reste après la lecture. Ça glisse, ça s'est échappé.

    Il aurait bien voulu, professionnellement surtout, crier au génie, partager son enthousiasme... mais encore faudrait-il...oh ! ça viendra bien. Il recommencera, il fera des efforts, décèlera la « poésie du texte », les « structures cachées », trouvera les clés qui lui manquent aujourd'hui pour ouvrir des portes. S'il y a des portes. C'est qu'il y a quelque chose derrière les portes. Surtout ne pas rester comme ce triste malheureux toute sa vie à côté de « la porte de la Loi ». Il repense à cette tournure familière : « j'ai vu de la lumière, alors je suis entré », mais encore faut-il qu'il y en ait, de la lumière, et en eût-il, il s'agit d'entrer, d'ouvrir cette porte, bien lourde, bien haute, blindée ? Serrure trois points. Il essaierait d'écrire « à-la-manière-de-... », peut-être cela l'aiderait-il. Après tout, il avait connu cette expérience : la contrainte créatrice.


  • Leur malheur prend à la gorge, fait venir les larmes aux yeux, rappelle des souvenirs, vous fait dire qu'il faut céder à la vie quand elle passe en vous offrant des chances qu'il serait vraiment dommage de ne pas saisir. Le hasard est méchant, l'erreur humaine.

    Aragon a l'art des portraits, des situations, telles que l'on se dit qu'ils sont très probablement la transposition verbale de son expérience d'homme et de poète. Tant il est manifeste qu'avec un cœur sensible, tout prend un retentissement profond, surtout quand on est frappé par l'évidence de l'amour.

    Aragon a un style fluide, inattendu, très imagé, avec un sens des formules percutantes, des sentences lapidaires, des trouvailles langagières originales sans être forcées.

    Dans cette « éducation sentimentale » du XXe siècle, le personnel l'emporte sur l'historique et le sociologique, sauf dans l'épilogue, habile, mais trop orienté idéologiquement.

    Ses personnages vivent, ressentent, pensent sous nos yeux et le retentissement en nous est magique : on les voit, on les entend, on les comprend. Ils ont leur superficialité, leurs faiblesses et leurs abîmes.

    Tragique sans dieux. On n'est pas obligé...


  • Au lendemain du report de l'intervention télévisée (encore une!) du très bavard président, capable de faire un bilan du vide, pour cause d'incendie (gilets jaunes? anticathos? selfiste en proie à l'ennui? pompier pyromane? fumeur impénitent? apocalypse?...), je lis dans Boris Godounov de Pouchkine, quand le héros éponyme sur son lit de mort donne à son fils ses ultimes recommandations, afin qu'il soit un meilleur tsar qu'il ne le fut, ces mots, qu'il faudrait transmettre à qui vous savez:

    "Sois silencieux: la voix du tsar

    Ne peut se perdre en vain dans le vide de l'air."





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