•  Je retrouve avec satisfaction ces quelques lignes de mon cher La Bruyère:

    "Vient-on de placer quelqu'un dans un nouveau poste, c'est un débordement de
    louanges en sa faveur, qui inonde les cours et la chapelle, qui gagne l'escalier, les
    salles, la galerie, tout l'appartement : on en a au-dessus des yeux, on n'y tient pas. Il
    n'y a pas deux voix différentes sur ce personnage; l'envie, la jalousie parlent comme
    l'adulation; tous se laissent entraîner au torrent qui les emporte, qui les force de dire
    d'un homme ce qu'ils en pensent ou ce qu'ils n'en pensent pas, comme de louer
    souvent celui qu'ils ne connaissent point. L'homme d'esprit, de mérite ou de valeur
    devient en un instant un génie du premier ordre, un héros, un demi-dieu. Il est si
    prodigieusement flatté dans toutes les peintures que l'on fait de lui, qu'il paraît
    difforme près de ses portraits; il lui est impossible d'arriver jamais jusques où la
    bassesse et la complaisance viennent de le porter : il rougit de sa propre réputation.
    Commence-t-il à chanceler dans ce poste où on l'avait mis, tout le monde passe
    facilement à un autre avis; en est-il entièrement déchu, les machines qui l'avaient
    guindé si haut par l'applaudissement et les éloges sont encore toutes dressées pour le
    faire tomber dans le dernier mépris : je veux dire qu'il n'y en a point qui le
    dédaignent mieux, qui le blâment plus aigrement, et qui en disent plus de mal, que
    ceux qui s'étaient comme dévoués à la fureur d'en dire du bien."


  • André Maurois: René ou la vie de Chateaubriand

    Le biographe ne cherche pas à juger, il comprend, explique, décrit le contexte, s'efface parfois pour laisser la plume au grand homme: extraits de ses Mémoires, de sa correspondance: quel style! Occasion aussi de faire des révisions historiques de ces années particulièrement tourmentées, et galerie de portraits, où l'on croise des ministres, des carriéristes, des seconds couteaux, qui ont animé la vie politique, avec moins de grandeur et d'idéalisme que le noble vicomte, qualités peu propres à l'exercice du pouvoir. La médiocrité aide si l'on aime l'argent et la gloriole. Et toutes ces femmes que Chateaubriand a aimées, au premier rang desquelles la belle Mme Récamier: relation de fidélité et d'admiration mutuelle. L'intelligence, la clairvoyance, la compréhension des événements sont remarquables. Les dernières pages des Mémoires d'Outre-Tombe sont l'illustration d'un talent prophétique exceptionnel: s'appuyant sur des évolutions dont il a été le témoin, il annonce des conséquences dont nous pouvons aujourd'hui constater la réalisation. Malheureusement son espoir dans le retour du christianisme ne s'est pas réalisé. Il serait pourtant nécessaire...

     


  • P.325 Livre de Poche, André Maurois dans sa biographie: René ou la vie de CHATEAUBRIAND:

    "Mais il en est des vertus de l'homme d'État comme des organes du corps humain. Le fonctionnement d'un cœur, d'un cerveau, d'un estomac sans défaut, se trouve paralysé par la déficience de telle glande minuscule; les dons les plus éclatants d'un ministre seront vains et même dangereux, s'ils ne sont accompagnés de qualités mineures comme la modestie et la patience. Chateaubriand n'avait aucune humilité et son orgueil, encore que légitime, offensait des hommes moins brillants et qui le savaient, mais qui auraient souhaité qu'il ne laissât pas lui-même éclater, de manière aussi visible, son dédain. Il est naturel qu'un grand mérite soit entouré d'une grande jalousie, mais celle-ci ne devient virulente que si l'homme de talent manque de mesure et d'adresse dans ses raports avec ses semblables."

    De Chateaubriand je suis réincarnation,

    La particule est écrite sur ma voiture:

    Mon refus d'être ravalé à la roture

    Est figuré par  mon immatriculation.

    Certes je n'ai pas encore été publié, 

    Mais cela ne devrait tarder sans aucun doute:

    Mon génie pourra au grand nombre profiter, 

    Malgré la triste démocratique déroute.

    Certes je n'ai pas eu tant de femmes maîtresses

    À qui dispenser mes masculines caresses:

    Ma Récamier était mon bonheur... Que fait-elle

    Loin de son grand homme? Qu'elle déploie ses ailes!

    Elle seule comblera mes désirs, m'inspirant,

    Muse belle, des chefs d'oeuvre pour tous les temps.

    Certes je n'ai pas accompli tous ses voyages:

    Les miens se contentent de mon cher jardinage,

    Et je parcours dans tous les sens mon univers

    Intérieur, aussi vaste et complexe et divers.

     


  • Hugo n'est pas loin, Baudelaire non plus.

    Roman sans intrigue, fait de conversations, de monologues, de méditations, roman à thèse, mais comme l'écriture est fine et belle et les idées sensibles et intelligentes, la lecture est aussi fluide que l'écriture. Comme dans Cinq-Mars la vérité des idées est préférée à celle des faits, les données historiques sont inventées et vraies, à défaut d'être réelles.

    Le sort des poètes Gilbert, Chatterton, Chénier, leur élection cruelle, leurs différences, leur lucidité, leur amour pour leur art font l'objet de dialogues entre le savant Docteur Noir, du côté de la raison, du détachement, de la prose, et Stello, du côté de la passion, du cœur, de la poésie.

    Beaucoup de noblesse et de hauteur de vue d'un auteur désenchanté mais enthousiaste : il voit que le monde est injuste et violent, mais il croit en les vertus du sentiment et de la poésie. Certains débats d'aujourd'hui sont déjà là quant à la modernité et ses méfaits (relisez le poème de Vigny sur un voyage en train : dénaturation de notre rapport au paysage).

    Deux camps : les partisans des chiffres, des algorithmes, de l'intérêt, et les lettrés lucides dont le tort est d'avoir raison dans une société médiocre et matérialiste.

    Citations, p.222 (GF) : « Un Poète donne sa mesure par son œuvre ; un homme attaché au Pouvoir ne la peut donner que par les fonctions qu'il remplit. Bonheur pour le premier,malheur pour l'autre ; car s'il se fait un progrès dans les deux têtes, l'un s'élance tout à coup en avant par une œuvre, l'autre est forcé de suivre la lente progression des occasions de la vie et les pas graduels de sa carrière . » ; et un peu plus loin (p.223) : « Le Poète a une malédiction sur sa vie et une bénédiction sur son nom. Le Poète, apôtre de la vérité toujours jeune, cause un éternel ombrage à l'homme du Pouvoir, apôtre d'une vieille fiction, parce que l'un a l'inspiration, l'autre seulement l'attention ou l'attitude d'esprit ; parce que le Poète laissera une œuvre où sera écrit le jugement des actions publiques et de leurs acteurs ; parce qu'au moment même où ces acteurs disparaissent pour toujours à la mort, l'auteur commence une longue vie. »


  • Pour remercier une jeune ostéopathe de ses soins avertis, je vais lui offrir le dernier ouvrage de Charles Dantzig : Traité des gestes, ayant entendu l'auteur en parler sur France Culture.

    Comme je m'ennuie en cet après-midi gris du 23 octobre 2017, après avoir brouillonné ma dédicace en un sonnet d'octosyllabes, je n'ai pu m'empêcher d'en commencer la lecture. A-t-on le droit de feuilleter, de lire, de parcourir un livre qu'on va offrir ? Au bout de quelques dizaines de pages, je soupire, le livre me tombe des mains (gestes…), la formule est exagérée, s'il chéait, il s’abîmerait, et un livre n'étant pas une glace, je ne pourrais le donner encorné, n'ayant pas l'âme d'un torero.

    M.Dantzig certes a un joli brin de plume, une vaste culture, le sens des formules, que j'avais déjà remarqués dans son Dictionnaire égoïste de la Littérature Française. Un bon point donc pour lui.Mais Dieu ! Qu'il est agaçant comme propagandiste quand il enfourche tous les chevaux de bataille parisianistes et bien-pensants du libertarisme facile. Pourquoi ces dérives hors-sujet (lui qui n'aime pas Montaigne!), sur la cigarette, cette insistance sur son homosexualité, ces crachats sur le personnel politique de droite : se prend-il pour Nagui? Ambitionne-t-il de devenir la doublette de l'hystérique Angot lors de sinistres émissions de fin de soirée ? Il s'érige en conscience universelle, mais son avis est-il autorisé parce qu'il est mou et consensuel ? Ses digressions grossissent grassement cet auteur de chez Grasset. Gras c'est, alors qu'il sait être si subtil.À quoi servent les comités de lecture s'ils ne signalent pas que des coupes s'imposent ? Allège, Charles, allège. Mais, que dis-je ? L'air du temps, le conformisme, la facilité, font vendre, et il pourra jouer l'érudit dans les émissions à pseudo-penseurs, disons à penseurs dans la ligne des antifascistes, des promoteurs LGBT, de gauche bien entendu. Et Télérama appréciera !

    Ces gens-là s'autoproclament pourfendeurs de la norme, en érigeant de nouvelles, apôtres de la tolérance, étant intolérants avec ceux qui ne partagent pas leur gauchisme de bon aloi, ils font de leurs propos convenus un acte de courage, que de risques ne prennent-ils pas en condamnant Le Pen, de Villiers, Zemmour, Finkielkraut, La manif pour tous, etc. ? Le système médiatique les louera pour leur liberté d'esprit ...





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