• J'aime les lais, les beaux lais - il n'est pas de lais laids -, je roucoule les lais, je lis là les lais vite, j'aime la fraîcheur du lai, ce qui fait l'attrait du lai, c'est que Marie tire du pis le meilleur, du pis à lai, sans veau lai dans le ciel et toi lai, par lais et par veaux. Le lai se laisse lire, une fois lu, le lai se loue. Contrairement à son frère de lé, le lai ne se mesure ni ne secoue. J'aime le lai entier, pas écrémé. Ce qu'a fait au lai Marie, c'est l'ailer, c'est l'élever, c'est l'oral qui passe à lai-cri.


  • Je lis dans La poétique, traduite par Racine (Principes de la tragédie, Nizet, p.27):

    « Les mœurs, ou le caractère, se rencontrent en toutes sortes de conditions ; car une femme peut être bonne, un esclave peut l'être aussi, quoy que d'ordinaire la femme soit d'une moindre bonté que l'homme, et que l'esclave soit presque absolument mauvais. »

    Et Mauriac cite ces vers tirés d'Athalie, prononcés par Mathan:

    "Ami, depuis deux jours je ne la connais plus.

    Ce n'est plus cette reine éclairée, intrépide, 

    Élevée au-dessus son sexe timide, 

    Qui d'abord accablait ses ennemis surpris

    Et d'un instant perdu connaissait tout le prix.

    La peur d'un vain remords trouble cette grande dame:

    Elle flotte, elle hésite; en un mot elle est femme."

    (La vie de Racine, 10-18, p.146)


  • Noailles met ses pas dans ceux de Lamartine,

    En vers, elle commente son profond « vallon »,

    Et sa belle sensibilité féminine

    S'accorde avec celle du poète de Mâcon.

    C'est là double joie, double « éblouissement » :

    Vivre l'émotion d'un paysage charmant,

    Et disposer des mots de ces deux promenades

    Pour pénétrer à mon tour dans la sérénade.

     

    L'air, le vert, les ruisseaux, les éclats du soleil

    Aux yeux, la pensée accompagnant chaque pas,

    Vive ou mélancolique, allant de la merveille

    Admirée au cœur blessé quand on ne croit pas

    Qu'il est un Créateur, une éternelle vie,

    Quand on sait, quand on sent, que chacun des moments

    Nous entraîne soumis inexorablement

    Dans le néant, dans l'absence de toute chose ;

    On aimerait qu'arrive la métempsychose

    Pour jouir encor demain de ce monde aimé,

    Regretté sitôt quitté, et toujours rêvé.

     

    Comme lui, comme elle, amoureux de la nature

    Je la célèbre, la vénère, elle est déesse,
    Mais grande en ces temps décadents est ma détresse,

    Quand je vois des hommes cruels les forfaitures,

    Les massacres de ces Prométhée déchaînés,

    Assassins, écocideurs, amants de la mort.

    Dénaturés, goûtant l'artifice et l'argent,

    Ils sont du Malin les démoniaques agents.

     

    Que peut un poète en ces temps de démesure ?

    Ses mots ne pèsent guère face à la dictature,

    À l'icône idolâtrée de l'économie,

    À la recherche maladive du profit.

    Mes mots mis ainsi parleront d'un monde mort,

    Si survivent des hommes qui liront alors

    Les méchants méfaits de leurs aïeux inconscients,

    Meurtriers de beauté. « Honte sur nos parents ! »

    Crieront-ils au milieu des décombres, des cendres

    Où tout sera devenu gris terne à s'en pendre...

     

     


  • Lire Proust est une expérience de patience :

    Cent pages pour décrire une soirée mondaine,

    Ces conversations, ces calembredaines

    De personnages qui s'ennuient dans l'existence.

     

    De temps en temps, je vais poser sur la crédence

    Ce gros volume à la recherche d'une peine

    Perdue… je vais devoir y passer la semaine

    Si je n'accélère sacrément la cadence.

     

    Vais-je m'autoriser à passer la vitesse

    Supérieure en sautant, ô douleur, ô détresse !

    Ici une ligne ou deux, voire ailleurs plusieurs.

     

    Coupable ainsi, je fais des sauts d'homme et gomme hors

    Du chef-d’œuvre quelques fines parcelles d'or

    Disséminées par cet auteur à la hauteur.


  • Journal d'une probable future lecture. Phénomène de société illustrant l'efficacité des campagnes médiatiques savamment orchestrées, piège  à gogos qui n'achètent que le livre dont on parle, ils ne le liront peut-être pas, mais au moins ils l'auront dans leur bibilothèque, à côté des Levy, Musso, Schmitt, Ernaux, Reza, Despentes... Chroniques radio, articles, portraits, voici le mien de lui:

    C'est un drôle d'oiseau nocturne. On lui voit des plumes mais il n'a pas d'ailes. Son plumage, entre le gris et le noir, se rapporte à son ramage. Il n'a pas la particule alimentaire de d'Ormesson. Sa soumission au goût du jour lui fait parcourir la carte en quête de territoire où poser ses pattes. Une plate-forme lui conviendrait. Il manque de style, chante mal, et, le voyant, on se demande où est le bec.





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