• « Je t'ai manqué » (Aurélien, un roman de poète)

    Leur malheur prend à la gorge, fait venir les larmes aux yeux, rappelle des souvenirs, vous fait dire qu'il faut céder à la vie quand elle passe en vous offrant des chances qu'il serait vraiment dommage de ne pas saisir. Le hasard est méchant, l'erreur humaine.

    Aragon a l'art des portraits, des situations, telles que l'on se dit qu'ils sont très probablement la transposition verbale de son expérience d'homme et de poète. Tant il est manifeste qu'avec un cœur sensible, tout prend un retentissement profond, surtout quand on est frappé par l'évidence de l'amour.

    Aragon a un style fluide, inattendu, très imagé, avec un sens des formules percutantes, des sentences lapidaires, des trouvailles langagières originales sans être forcées.

    Dans cette « éducation sentimentale » du XXe siècle, le personnel l'emporte sur l'historique et le sociologique, sauf dans l'épilogue, habile, mais trop orienté idéologiquement.

    Ses personnages vivent, ressentent, pensent sous nos yeux et le retentissement en nous est magique : on les voit, on les entend, on les comprend. Ils ont leur superficialité, leurs faiblesses et leurs abîmes.

    Tragique sans dieux. On n'est pas obligé...