• Je me souviens … des étrennes

    Je me souviens de ces dimanches de janvier où nous allions en famille et en 2CV faire le tour des oncles et tantes de mes parents pour leur présenter nos vœux et recevoir nos étrennes. En arrivant chez eux, il fallait subir le frottement de joues flétries et les odeurs particulières de ces maisons de vieux, manger leurs gaufres, nous tenir sages et assis, écouter distraitement les papotages ordinaires et répondre aux questions toujours identiques d'un foyer à l'autre, d'une année à l'autre (« Tu travailles bien à l'école ? Tu es sage à la maison ? », etc.). La récompense se faisait attendre mais valait bien cette longue patience. Notre mère avait à peine commencé la formule rituelle : « Bon, Jean, on y v... » que nous étions déjà debout. Le signal était donné, nous allions être libérés. Le geste redouté de dire au revoir, et de sentir une nouvelle fois ce contact de nos joues avec le baiser rêche, trouvait sa compensation par notre main discrètement tendue, dans laquelle le vieil oncle ou la vieille tante glissait quelques pièces, un billet parfois (« Pour tes étrennes... »). Une fois remontés dans la voiture, nous pensions à l'étape suivante : oncle Édouard, tante Irène, oncle Jean… et le soir, nous glissions en souriant ce pécule dans notre tirelire.