• Il est d'autres regards

    Quand on regarde le monde, s'offrent différents plans : premier, second, arrière, … les éléments s'inscrivent les uns par rapport aux autres, et les yeux s'attachent à tel détail ou vagabondent entre les degrés de profondeur, en établissant des lignes et des harmoniques, en faisant jouer les couleurs et les formes, intuitivement ou intellectuellement. Il en est de même dans la vie de l'esprit, où s'établissent des liens entre des données concrètes et des idées, dans le sens de l'induction, ou de la déduction, terrain de jeu dynamique et plaisant, surtout quand on devient l'observateur de sa propre pensée. Cette habitude, ce ludisme, cette culture, donnent un air particulier aux yeux de ses pratiquants, qui étincellent, et laissent passer à travers eux un monde mystérieux à qui sait le voir dans le regard de l'autre.

    Mais quand on ne fait que regarder les écrans, dont la platitude physique correspond à la soumission aux chemins prévus par la machine, où l'esprit est domestiqué par les algorithmes et les logiciels, quand les yeux et l'imagination sont bloqués par la virtualité d'un univers factice d'aventures violentes ou bêtement préprogrammées, aux représentations falsificatrices, alors on perd contact avec la vraie vie, et rien n'est plus vide qu'un regard qui se lève après ce faux voyage, image la plus exacte de la vacuité triste.

    Il suffit de voir à quoi ressemble l'humanité réduite à la téléréalité dans les faces de ses candidats, qui n'ont jamais lu, et jamais vécu dans le monde vrai. Bêtise qui risque de s'étendre aux générations laissées par leurs parents à l'emprise du tout-numérique, souvent eux-mêmes victimes d'addictions délétères.