• Extension du domaine de l'inquiétude

    Hier soir

    Conférence avec un public estudiantin, probablement aussi nombreux que contraint.

    Jeunes gens d'aujourd'hui, décontractés, souriants, apparemment sympathiques.

    Amphithéâtre quasiment plein, l'orateur une fois présenté commence.

    Pas un instant de silence, peu d'attention, curiosité et intérêt lâches.

    Téléphones et ordinateurs ouverts, « Regarde ! » « Hi hi hi ... »

    Tapotages de portables, selfies, papotages continus...

     

    Et je me dis :

    C'est sur cette génération que repose l'indispensable redressement moral,

    la révolte contre le système libéral qui mène à la catastrophe,

    et ils sont sous l'emprise numérique, complètement gougueulisés, fessebouqués,

    leur regard sans deuxième rideau est le reflet de leurs écrans, qu'ils ne savent quitter,

    pas de profondeur, pas de situation dans le temps long, du passé et du futur,

    pas de curiosité sur ce qui ne les concerne pas directement, autocentration totale,

    pas de culture, d'envie d'en avoir, autre que celle des facheunes, et des décérébrés,

    je veux bien chercher à les comprendre, à les excuser, ils sont aussi victimes

    d'une éducation sans contrainte, sans valeur, issus qu'ils sont de soixante-huitards tardifs,

    de la démission parentale, de la dissolution des principes dans le relativisme mou,

    de la facilité consumériste du « kesketuveupournoel ».

    Le système scolaire, en alignant le niveau sur les plus mauvais, leur convient,

    puisqu'il ne faut surtout pas se-prendre-la-tête,

    ils écoutent favorablement les démagogues qui les flattent.

     

    Reste-t-il une possibilité de les réveiller ?

    De leur faire comprendre que leurs enfants à eux pâtiront de leur indifférence,

    de leur ignorance, de leur obéissance aux mots d'ordre mercantiles ?

    Tous les instruments de communication diffusent le même message du rire facile,

    de la bêtise téléguidée, youtubée, du divertissement à tout prix, bas bien entendu.

    Ils se trémoussent sur du bruit à assourdir les sourds, ils allo-ouinent quand on leur dit d'allo-ouiner,

    ils font-la-fête » au lieu d'étudier, ils s'alcoolisent au lieu d'affiner leurs papilles,

    ils s'indignent sur commande, mais participent activement à la pérennisation de la machine à consommer, à décerveler…

     

    Parmi les ZAD des temps modernes, leur esprit, leur sensibilité, attaqués de toutes parts, je m'emploie à cet éveil, espérant semer, faire germer, le sens des priorités, des valeurs humanistes, le goût de l'intelligence, de la beauté, et du véritable amour pour l'autre.