• Désinspiré

    Près de la fenêtre et du foyer, Hixache écrivait. Ou plutôt tentait d'écrire. Il partait en vaine quête des sujets et des mots. Il savait pourtant y recourir gratuitement, pour le plaisir simple de les aligner ludiquement. Mais quand lassitude rime avec solitude, quand le ciel bas et lourd est baudelairien à s'en pendre, quand le bruit ininterrompu des gouttes de pluie ajoute à la morosité visuelle d'une nature en deuil son épreuve lancinante et exaspérante, quand la seule perspective de sortie est d'aller se recueillir sur la tombe de son père, en compagnie de sa mère déclinante, quand les muses sont aux abonnées absentes, quand les nouvelles du monde ressemblent à un catalogue sinistre, un défilé de bassesses, une énumérations de médiocrités, quand l'aimée se tait, quand..., il ne reste plus qu'à goûter la chance de voir brûler une bûche au foyer, d'apprécier les couleurs automnales par la fenêtre, de retourner à Molloy, ou bien à ressasser le passé, à se dire que demain peut-être... Jouir du présent disent les sages pontifiants. Mais qu'ne savent-ils du présent? Est-ce que cela existe le présent? Est-ce lourd, gluant, cruel? Est-ce cette idée qui vous prend de vouloir vous en libérer, d'y échapper enfin pour magnifier demain l'hier qui fut. C'est là son seul mérite: être une réserve à souvenirs, une transition nécessaire. Et si la mémoire défaille, si les images heureuses font trop pleurer, restent les ressources de la création inventive, les expressions de la révolte, le culte de la beauté, le délire verbal.