• « Ouais », s'exclama soudainement Tapeclavier, qui paraissait paresseusement assoupi. Un petit clic attendu tintait délicieux à son sens auditif.Une alertinfo, bien sanguinolente, bien provinciale, bien émotivore. Fallait faire vite.

    « Merde », s'exclama le Premier ministre, en voyage en province, pour convaincre les péquenots du cru qu'il pensait bien à eux, locaux que Paris n'oubliait pas, soucieux des « territoires », même les plus … On venait de lui annoncer qu'un train avait tué des enfants. Bon, ça ne valait pas Bush, et l'attentat des Tours, mais il fallait faire avec les opportunités. « J'y vais », dit-il en s'entraînant facialement pour adopter la mine grave de circonstance.

    « Ça y est, c'est pour nous », s'exclamèrent les pompiers, les gendarmes, les psychologues spécialisés dans les états post-traumatiques, quand ils apprirent la nouvelle.

    « Eh, t'as capté, i' a du sang, viens, on va voir, t'as ton téléphone, on va faire le beuze, allez putain, grouille ! » lança *** à ***.

     

    Et tout ce petit monde se retrouva vers le lieu de l'accident. Micros, caméras, smartefaunes, on aurait dit un salon de l'audiovisuel, ou le tournage d'un film.

    « Allez coco, c'est à toi, place-toi bien, qu'on voie les deux moitiés du bus, et interroge qui tu veux... »

    « M. le Premier Ministre, que pensez-vous de ce drame ? »

    « Vous êtes une maman ? oui ? Super ! Madame, votre enfant.e était-il.elle dans le bus ? »

    « M. Mme le médecin, infirmier, j'm'en fous, t'as une blouse, ça m'ira. Action : quels membres avez-vous dû amputer ? »

    « M. le Préfet, vous êtes à l'antenne. Combien de morts, de quel âge? Combien vont décéder bientôt ? »

    « Mme la sapeure-pompière, alors, heureuse ? »

     

    C'est cela le passage à niveau, à très bas niveau, à caniveau.

    C'est vrai, Johnny est refroidi, il y a bien l'homme du Tron, qui nous distrait un peu, et Maëlys, dans l'Audi, ... mais le peuple a besoin de sang frais, de polémiques sur cadavres fumants, de déplorations collectives, de marches blanches, d'accompagnements psychologiques, de divertissement, quoi !


  • Johnny mort escorté de bail-coeurs.

    Pourquoi n'avoir pas choisi des fumeurs :

    Ce n'est pas la moto qui le tua,

    Pas plus le concert qui l'époumona.

    De l'amour de l'amour de la cigarette : 

    Allumer le feu dans le décès jette.

    Et plus tôt que prévu fait orphelines

    Et veuves, et besoin de morphine

    Pour apaiser les atroces souffrances,

    Avant qu'une partie de la France

    N'expose médiatiquement ses pleurs ,

    Passé confondu avec le bonheur.

    Jaunis les doigts de l'idole Johnny,

    Salis les poumons du chanteur vieilli.

    N'aurait-il pas plutôt fallu l'inci-

    Nérer, c'eût été plus logique ainsi ?

    Lui dont on a fait le corps mort descendre

    En la fosse, aurait fini par des cendres.

     

    Morale :

    Si vous désirez une mort prématurée,

    Faites comme cette vedette idolâtrée,

    Fumez, fumez, ...

     


  • Ce soir je fais grève des in-dé-formations:

    Bourrage de crâne et lobotomisation.


  • Et le troupeau médiatique bêle à nouveau

    C'est le chœur faux des pleureuses nonostalgiques,

    Encombrant l'écran d'avalanches cathodiques

    À coup d'archives et de beaux pleurs de nous veaux.

     

    L'occasion est trop belle et tous agneaux bêlant

    Envahissent de leur unanimité triste

    Les enchaînés résossossotés et selfistes,

    Chacun de sa savante larmiche y allant.

     

    Même Emmanuel Premier, entre deux avions,

    Du commerce d'armes aux alliés du terrorisme,

    Des discours convenus, cède au théâtropisme

    Et dit aux Français quelle star que nous avions.

     

    La vague va baisser en petit clapotis,

    Il faudra subir les glorieuses funérailles,

    Signe d'une France-loisirée qui déraille,

    Entre Noël marchand et la mort de Johnny.

     

     


  • Jean - mon père - est mort

    Jean - d'Ormesson - est mort

    Jean - Philippe Smet - est mort

    Jean - Paul Sartre - est mort

    Qu'allons-nous devenir sans tous ces gens?

    Il n'y a que mon père qui m'orphelina.

     





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