• Anna de N.

    Les programmes des concours ont cela de bon qu'ils permettent parfois de découvrir des auteurs que la volonté personnelle ou le hasard ne m'auraient jamais fait lire. Il en fut ainsi des Soleils des Indépendances (Kourouma), de Nedjma (Kateb Yacine), ou de La route des Flandres (Simon). Et - ô bonheur! - cette année ...

    Que ne l'ai-je rencontrée? je me suis trompé d'un siècle. Quand je lis ses mots, je crois que c'est moi qui les écris, que ce sont mes émotions, mes regards sur les choses, mes façons de ressentir, mes élans, mes pleurs. Ma jumelle, mon aimée:

     "Et qu'un jeune homme alors lisant ce que j'écris,

    Sentant par moi son cœur ému, troublé, surpris, 

    Ayant tout oublié des compagnes réelles, 

    M'accueille dans son âme et me préfère à elles."

    (dernière strophe de "J'écris pour que le jour où je ne serai plus") 

    Si nous nous étions rencontrés, elle m'aurait compris, accueilli, je l'aurais écoutée, admirée, encouragée. Nous ne nous serions pas quittés, Nous aurions passé notre vie en sublimation mutuelle, nous lisant nos vers, nous promenant main dans la main, en silence ou en échanges, s'y seraient dits notre bonheur d'être ensemble, notre vénération de la nature, nos inquiétudes et nos angoisses, et l'amour. J'aurais à chaque instant mesuré mon bonheur à l'aune de son cœur, qu'elle me donnait comme le mien qu'elle avait sien. Graves ou rieurs, profonds ou légers, en toute indulgence, en toute compréhension, différents, mais si proches et tellement unis. C'eût été l'idylle parfaite. Sa présence, ses yeux, ses mots. j'aurais respiré son odeur, caressé respectueusement son corps et son âme, Anna de Noailles.

    Mais elle s'est trompée d'un siècle, ou moi...