• Leur rayonnage est inerte et alphabétique, 

    Leur rayonnement en moi sera magnifique.


  • Avant de développer cet aspect, un addendum sur l’humour (NDP2) : p. 320, la proximité paronymique entre la formule latine inscrite à l'entrée de la cellule de la Tour Roland : "Tu, ora" , et la traduction populaire « Trou-aux-rats ».

    Dans la tradition de la littérature orale (les jongleurs récitant des chansons de geste, puis les romans médiévaux reprenant des adresses directes aux auditeurs ou lecteurs), l'auteur, derrière le narrateur se rend présent, rend explicite son rôle de conteur, et par-là même, instaure le lecteur comme conscience à l'écoute , à l'opposé du narrateur effacé qui n'utilise ce « je » et laisse apparemment l'histoire se dérouler seule. Hugo romancier, comme Balzac et Stendhal, signale fréquemment la relation directe avec le lecteur, sous deux modalités principales : des interpellations directes à la deuxième personne, ou il écrit à la troisième « le lecteur ... ». Le roman avançant,, devient un lieu de partage avec l'auteur, et ce dernier peut s'appuyer sur des données antérieurement évoquées. La différence évidente entre ces deux pôles étant que le lecteur n'a de connaissance que des pages précédentes, l'auteur, lui, dans sa maîtrise de la totalité, peut se servir de cette connaissance devenue commune pour prendre appui, et relancer la narration, tout en associant son lecteur. Entre de nombreux exemples, p.375 (VII2) : « Nos lecteurs n'ont pas oublié la cellule mystérieuse ... ». Le récit prend ainsi une cohérence, une épaisseur, une logique qui crédibilisent le déroulement des aventures.

    L'auteur invite également à s'imaginer les décors, en usant d'un style très visuel : « Qu'on se représente maintenant ... » (p.66), « Qu'on se figure en effet ...» (p.110), les deux premières personnes du pluriel peuvent également être utilisées : dans des adresses directes du type « figurez-vous ... » p. 307, ou un nous associant le « je » de l'auteur au « vous » des lecteurs : p.65 : À quelques pas de nous, ... ». Le regard est orienté comme dans un mouvement panoramique : « Si maintenant le lecteur, après avoir contemplé cette scène vive et criarde, … , porte ses regards vers ... ». Hugo va jusqu' à imiter le style des romans burlesques en soulignant la vacuité des descriptions : «  je pourrais dire au lecteur : Allez la voir ; et nous serions ainsi dispensés tous deux, moi d'en faire, lui d'en lire une description telle quelle. » (p.66-67). Il fait aveu de modestie : les mots ne sont pas les choses : « … dont nous avons tâché de donner quelque idée au lecteur, ... » (p.218).

    Il associe l’expérience du lecteur à la sienne propre par des soulignements qui donnent un crédit à accorder au déroulement de l'histoire : « Nos lecteurs ont pu observer qu'il avait déjà dû s'écouler un certain temps ... » (p.87) : caution de vraisemblance : les pensées, les réactions des personnages, les conditions matérielles sont présentées comme plausibles et logiques. Des détails qui peuvent paraître anodins sont justifiés directement par un auteur valorisant l'intérêt de ses considérations : « Tous ces détails, que nous mettons ici à nu pour l'édification du lecteur, ... » (p. 99-100) ; ce qui justifier la nécessité des détails, c'est le décalage temporel entre les événements narrés, présentés comme certains, la configuration des lieux modifiée depuis l'époque, les changements dans les us et les mœurs : Hugo se fait historien et apporte son aide par l'imagination sollicitée à partir des connaissances du lecteur. Il le transporte ainsi dans un monde différent, mais atténue l’étrangeté par un travail pédagogique de comparaison : « … dont il serait difficile de donner un idée au lecteur de nos jours et de nos salons ». Outre le zeugma final, on remarque ici que l'auteur explicite le décalage et avoue les limites de ses capacités d'explication. Dans une parenthèse développée (8 lignes, un paragraphe), il élargit l'instant narratif pour une considération sur les rapports entre le roi et le peuple, avec l'excuse de forme dans une incise de la première ligne « pour le noter en passant ». S'ensuit (p.205-206) une page topographique, remplie de noms propres de lieux, où l'auteur partage ses compétences historiques. On voit qu'il ne les pas rassemblées en début de roman, mais qu 'elles sont distribuées au fil du roman, selon les nécessités. Autre manifestation du souci du lecteur , qu'il ne faut pas assommer par une trop longue contextualisation : elle existe, mais est fragmentée.

    Les personnages deviennent également partagés entre les deux pôles de la création avec l'usage de l'adjectif possessif « notre » désignant un des protagonistes : « … notre ami Jehan Frollo du Moulin ... » (p.307), ou « Notre jeune ami ... ».

    Un autre « nous » est souvent présent : celui de l'autorité auctoriale. Relance fréquente de la narration entraînant avec elle un renouvellement de l'adresse directe au lecteur, considéré comme un auditeur. Hugo répète ces formules à l'envi, la négligence stylistique n'est pas loin : p. 205 et p. 218, nous retrouvons exactement : « comme nous venons de le dire » ; les variantes sont : « nous devons dire que... » (p.319), « comme nous le disions tout à l'heure » (p.318). Cette façon souple et proche de l'oralité du conteur devant son auditoire s'exprime aussi par des éléments informatifs ou narratifs nouveaux annoncés par « ajoutons que » (p.227), ou une variante élaborée : « Nous sommes fâché d'avoir à ajouter que ... ». Hugo utilise également la flatterie pour son lecteur : une de ses techniques favorites est d'installer des effets de mystère quant à l'identité d' un personnage présent lors d'une scène mais dissimulé, ou inconnu des autre intervenants ; des indices sont cependant donnés, et le lecteur participe ainsi en s'interrogeant et souvent en ayant l'impression d'être intelligent quand ses supputations se voient confirmées : « Le capitaine Phoebus de Châteaupers (car c'est lui que le lecteur a sous les yeux depuis le commencement de ce chapitre) ... » (p.365), ou, au début de VII8, ceci : « Claude Frollo (car nous présumons que le lecteur, plus intelligent que Phoebus, n'a vu dans toute cette aventure d'autre moine-bourru que l'archidiacre), Claude Frollo ... ». Ces citations illustrent une nouvelle fois la dimension distanciée d'un auteur qui joue des données narratives en explicitant le fait que nous lisons une « aventure », dont nous sommes un « lecteur ».

    Cette liberté de ton est une des composantes de la verve hugolienne qui s'exprime également par l'autorisation qu'il s'accorde à toutes les digressions, selon la pensée qui lui traverse l'esprit au moment où il en est du récit. Il rejoint par là le Montaigne des Essais, ou le Marivaux romancier : une considération, inspirée par telle ou telle donnée contextuelle, éloigne quelques lignes ou quelques pages de l'épisode en cours, dont le fil est rattrapé plus loin, de manière explicite : une digression sur Voltaire, dans laquelle Hugo avoue d'ailleurs sa mémoire parfois défaillante (… « et je ne sais plus la quatrième, le Luxembourg peut-être, ... », et le paragraphe suivant dit : « Revenons à paris et au quinzième siècle. ». Notons en passant que l'aveu de méconnaissance contribue aussi à rapprocher l'auteur du lecteur ; nous en trouvons un autre exemple p.318, à propos des lieux de claustration : « …, une autre je ne sais plus où ».

    Cette insuffisance trouve son équivalence narrative dans les moments où Hugo, comme Balzac, avoue qu'il ne connaît pas les motivations d'agir de telle manière du personnage, ou l'objet de ses pensées : passage limité à la focalisation externe, et don intermittent d'autonomie. Il invite donc le lecteur à proposer des explications, et sollicite ainsi sa participation intellectuelle, voire affective : « D'où venait cette humeur ? … Était-ce  ...? » (p.305), suit une série d'hypothèses interrogatives (il s'agit ici du personnage secondaire de Robert d'Estouteville. Quasimodo de même p. 386 : « que s'était-il passé en lui ? Était-ce que... », et ici aussi des propositions de réponses entrecoupées de « ou bien ».

    Toutes ces relations installées avec le lecteur atténuent l'impression de distance, surtout que l'érudition déployée pourrait intimider. C'est évidemment habile, la spontanéité est plus ou moins calculée, mais il est vrai que nous imaginons bien Hugo écrire au fil de la plume, prononcer à haute voix les mots en même temps qu'il les écrit, en imaginant un auditeur face à lui. Et poli, avec cela : ouverture de VI2 (p.315) : « Que le lecteur nous permette de le ramener à la place de Grève, ... »

     

     

     


  • "La joie venait toujours après la peine" selon

    Le poète, mais que dire de l'inversion?


  • Le beau rêve! Ses rouges lèvres attendaient

    Un mien baiser. Je lui donnais. Elle en voulait...


  • L'appétit chenillé au corps des foliovores

    Ne laisse aux feuilles qu'un squelette sans décor.